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Afrique du Sud : décès de l'ancien président Pieter Willem Botha

1er novembre 2006. – Pieter Willem Botha, homme d'État sud-africain, est décédé, mardi 31 octobre 2006 à l'âge de 90 ans, dans sa retraite de Wilderness (province du Cap-Occidental).

M. Botha avait exercé, durant le régime de l'apartheid, les plus hautes fonctions au sein de la République sud-africaine, d'abord comme Premier ministre, du 29 septembre 1978 au 14 septembre 1984 puis, après une réforme consitutionnelle ayant aboli le poste de Premier ministre pour transférer l'essentiel de ses pouvoirs entre les mains du Président de la République (poste jusque-là plutôt « honorifique », comme avant-dernier président de la République du régime d'apartheid, du 5 septembre 1984 au 14 août 1989.

M. Botha était un Afrikaner, né le 12 janvier 1916, dans une famille de fermiers profondément religieux vivant dans l'État libre d'Orange. Il avait épousé, en premières noces, en 1943, Anna Elizabeth Rossouw, dite « Elize », qui lui avait donné cinq enfants, deux garçons et trois filles.

Il avait d'abord étudié le droit au Grey University College de Bloemfontein (aujourd'hui University of the Free State), mais l'avait quitté précocement, en 1936, après sa rencontre décisive avec Daniel François Malan, dirigeant du Parti national purifié de 1934 à 1948 puis Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de 1948 à 1954 et théoricien et fondateur du régime d'apartheid.

Cette rencontre marque le début d'une carrière d'homme d'appareil puis d'élu, à partir de 1948 et enfin de membre du gouvernement, à partir de 1958. Il est d'abord organisateur de meetings pour son parti, un peu partout en Afrique du Sud puis, lors de la grande vague nationaliste de 1948 qui marque l'arrivée au pouvoir du Parti national, se fait élire député dans la circonscription de George, dans la province du Cap, où il sera constamment réélu jusqu'à sa retraite.

Ses premières fonctions ministérielles lui sont confiées, en septembre 1958, par le Premier ministre Hendrik Frensch Verwoerd, au poste mineur de secrétaire d'État chargé de l'Intérieur, puis, toujours sous la houlette de M. Verwoerd, comme ministre des Affaires métisses en 1961, ministre des Travaux publics, en 1964 et enfin ministre de la Défense, en 1965.

Après le départ de M. Verwoerd et son remplacement par John Vorster, il est reconduit dans ses fonctions de ministre de la Défense et y restera dans tous les gouvernements dirigés par M. Vorster.

En 1978, M. Vorster, englué dans un scandale politico-financier auquel est également mêlé Connie Mulder, jusque-là pressenti comme son éventuel successeur, accepte de démissionner et se se faire élire à la présidence de La République, poste honorifique à cette époque. Pieter Willem Botha se fait alors élire Premier ministre par les députés, le 29 septembre 1978, et cumule cette fonction, jusqu'en 1980, avec celle de ministre de la Défense, dans le premier gouvernement qu'il forme.

En 1983, M. Botha propose une réforme constitutionnelle qui, outre la suppression du poste de Premier ministre, prévoit un léger assouplissement du régime de l'apartheid, en accordant une représentation des minorités indienne et métisse à côté de la représentation des Blancs, tout en ne reconnaissant toujours aucun droit civique à la majorité noire (72 % de la population, cantonnée dans des bantoustans et dans des townships, dont le plus célèbre est celui de Soweto, près de Johannesburg.

Le 5 septembre 1984, le président de la République en exercice, Marais Viljoen, se retire et Pieter Willem Botha lui succède dans des fonctions aux attributions largement renouvelées, tandis que le poste de Premier ministre est formellement supprimé quelques jours plus tard.

Le « réveil » de la majorité noire, à partir du début des années 1980, conduit M. Botha à déclarer l'état d'urgence en 1986, ce qui ne l'empêchera pas, le 5 juillet 1989, alors qu'il est déjà dans une position de « semi-retraite », de faire brièvement extraire de sa prison Nelson Mandela, dirigeant du Congrès national africain emprisonné depuis 1964 et d'entamer parallèlement une correspondance avec plusieurs autres dirigeants noirs incarcérés.

Le 13 février 1989, Pieter Willem Botha est victime d'un ccident cardio-vasculaire qui le laisse partiellement paralysé. Il est contraint d'accepter de confier l'intérim des pouvoirs du chef de l'État à son ancien ministre Chris Heunis, qui l'exercera durant une centaine de jours avant de tenter, en vain, de se faire élire à la présidence du Parti national avec, comme objectif final, l'accession de plein exercice à la présidence de la République.

Face à un président Botha affaibli par les séquelles de sa congestion cérébrale, c'est finalement Frederik de Klerk qui accède à la présidence du parti, entraînant une forte pression sur le président Botha pour le contraindre à se retirer. La démission officielle de M. Botha intervient le 14 août 1989 et est aussitôt suivi par l'élection de M. de Klerk à la présidence de la République. M. Botha prononce une allocution télévisée pour annoncer son départ, et dénonce à cette occasion diverses manœuvres qui auraient été commises par des membres de son cabinet et par le nouveau président du parti, depuis son accident de santé au mois de février.

Dès lors, Pieter Willem Botha ne cessera de dénoncer les réformes engagées par son successeur, et démissionnera formellement des rangs du Parti national le 6 mai 1990.

Après la disparition de M. Botha, sa veuve (M. Botha s'était remarié en 1998 après le décès de sa première épouse) a publié un communiqué indiquant que son mari ne désirait pas de funérailles nationales et prévoyant l'organisation d'obsèques simples à proximité de son domicile, expliquant que, selon elle, « il n'était pas un homme recherchant les honneurs et la gloire ».

Parmi les communiqués publiés après l'annonce du décès de l'ancien président Botha, on note bien sûr quelques réactions marquant une nette hostilité à l'encontre du disparu, émanant notamment d'anciens membres de l'ANC emprisonnés durant l'ère de l'apartheid, mais il est intéressant de remarquer les réactions de ses deux successeurs noirs (après la transition assurée par M. de Klerk), Nelson Mandela, président de 1994 à 1999, et Thabo Mbeki, président depuis cette date.

M. Mandela, par exemple, a expliqué que, si, « pour beaucoup, il resterait comme un symbole de l'apartheid », il pourrait aussi être vu comme celui qui a « posé les jalons pour préparer les conditions d'un règlement pacifique et négocié » en Afrique du Sud.

Un peu dans la même veine, son successeur, M. Mbeki, a porté au crédit du défunt que « lorsqu'il a réalisé la futilité de la lutter contre ce qui était juste et inexorable », il a, en fonction de sa propre sensibilité, « pris conscience de l'absence d'alternative, pour les Sud-Africains, en dehors de la coexistence ».

L'ancienne députée Helen Suzman, membre du parlement pendant 36 ans et opposante résolue au système de l'apartheid, sans jamais avoir été membre de l'ANC, a estimé pour sa part que si M. Botha, selon elle, « n'était pas très intelligent, il avait suffisamment de bon sens pour comprendre que les changements viendraient, en raison de l'accroissement de la résistance noire et de celui de l'opposition de la communauté internationale ».

Un autre opposant de l'apartheid, n'ayant pas vécu celui-ci de l'intérieur, le Britannique Peter Hain, actuel secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord et le Pays de Galles, constate quant à lui que, si M. Botha a rencontré M. Mandela, il n'aurait pas eu « le courage, les capacités ou la vision nécessaires » pour en tirer les conséquences, en raison de son implication dans la « machine de l'apartheid » et conclut que « d'une certaine manière, il a été le premier à reconnaître que le changement était sur les rails, mais sans pouvoir ou vouloir y participer ».

Il faut enfin rappeler le sobriquet dont M. Botha a été progressivement affublé, à partir de son accession au poste de Premier ministre et plus encore après son accession à la présidence de la République : Die Groot Krokodil, en afrikaans (« le Grand Crocodile », en français).

Sources

Sources anglophones
Source francophone