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Allemagne : le gouvernement parvient à un accord sur l'avenir du nucléaire

Carte de localisation des centrales nucléaires allemandes

6 septembre 2010. – Après plusieurs mois de débats, le gouvernement allemand a décidé, hier, à la suite de douze heures de négociations, de prolonger la durée d'activité des centrales nucléaires allemandes de douze ans en moyenne. Cette prolongation ira de huit ans, pour celles construites avant 1980, à 14 ans pour les plus récentes. « Nous avons convenu d'accorder un prolongement d'activité de huit ans aux centrales les plus anciennes et de quatorze ans aux plus récentes, qui répondent à des normes techniques différentes », a précisé le ministre allemand de l'Environnement, Norbert Röttgen. Confrontée à l'opposition, la chancelière allemande Angela Merkel s'est déclarée aujourd'hui convaincue que cet accord prolongeant la durée de vie des centrales nucléaires entrerait en vigueur sans passer par le Bundesrat, la chambre haute du parlement où son gouvernement est minoritaire depuis les régionales de mai.

Pour le gouvernement, cet accord représente une « percée ». Au sein de la majorité, l'avenir de l'énergie nucléaire constituait une étape importante avant la présentation d'un « plan-énergie » précisant la nouvelle stratégie allemande en matière d'énergie, le 28 septembre prochain. La chancelière a d'ailleurs expliqué que cet accord apportait la preuve que le gouvernement parvenait à trouver des solutions, y compris sur des sujets controversés. Malgré cela, l'opposition sociale-démocrate et écologiste, fortement soutenue par l'opinion publique, a promis d'attaquer en justice cet accord entre l'Union chrétienne-démocrate (CDU[1]) et les libéraux du Parti libéral-démocrate (FDP[2]), leurs alliés au sein du gouvernement. En réponse, Mme Merkel a déclaré : « Je suis confiante quant au fait que l'accord tiendra contre d'éventuels recours en justice », lors d'une conférence de presse à Berlin.

Mais, au-delà des considérations politiques, cette décision annonce surtout « une révolution dans le domaine de l'approvisionnement énergétique », selon les termes employés par la chancelière. Un an auparavant, la promesse avait été faite de revenir sur la décision de sortir du nucléaire civil, prise en 2000 par le gouvernement de coalition rouge-verte de Gerhard Schröder ; dont l'idée était de prolonger l'exploitation des 17 centrales nucléaires allemandes encore en activité aux termes d'une loi adoptée en 2002, les obligeants à fermer au plus tard en 2021 mais sans préciser avec quels objectifs et pour combien de temps. Les arguments techniques, économiques, environnementaux et financiers ne permettaient à l'époque pas de parvenir à une vision sur le long terme.

Pour Berlin, le nucléaire doit servir, comme le charbon, de « technologie de transition » en attendant que les énergies renouvelables arrivent à la pleine maturité. L'objectif demeure la montée en puissance progressive des énergies éolienne, hydraulique et solaire, ainsi que de la biomasse et de la géothermie. Elles ont fourni, en 2009, 10,4 % de l'énergie et 16,3 % de l'électricité consommées en Allemagne tandis que le nucléaire, 23 %, selon les chiffres de la fédération du secteur de l'énergie BDEW[3]. Le pays a pour objectif de voir les énergies renouvelables être à l'origine de 60 % de l'énergie et de 80 % de l'électricité consommées en 2050. Pour ce faire, Berlin prévoit de continuer à soutenir leur développement et d'investir, notamment dans l'extension des réseaux et dans la mise en place de réseaux « intelligents ». Le nucléaire, quant à lui, répondra au principe des vases communicants : il refluera à mesure que les énergies renouvelables progresseront. « Nous avons besoin du nucléaire et du charbon comme énergie de transition », a déclaré Mme Merkel en assurant qu'elle « prenait au sérieux » les inquiétudes de la population. Le nucléaire civil ne sera utilisé « qu'aussi longtemps que ce sera nécessaire » pour « parvenir à l'ère des énergies renouvelables », a-t-elle ajouté. Les quatre grands exploitants de centrales (E.ON, RWE, EnBW et Vattenfall) seront, en outre, mis à contribution.

Concernant le projet de taxation du nucléaire, un compromis a été trouvé : les propriétaires de réacteurs, c'est-à-dire les quatre grands de l'énergie en Allemagne cités plus haut, devraient en effet avoir à s'acquitter d'une taxe sur le combustible à hauteur de 2,3 milliards d'euros par an mais le prélèvement de cette taxe sera limité à six ans. Cette annonce a aussitôt fait grimper les indices d'E.ON (+ 3,14 % à 23,65 euros) et de son rival RWE (+ 2,59 % à 64,66 euros) dans la journée de lundi et ceux-ci ont pris la tête du DAX[4], l'indice phare de la Bourse de Francfort. Les entreprises devront par ailleurs alimenter un fonds destiné à soutenir les énergies renouvelables et devront aussi dépenser « des sommes considérables » pour la sécurité, a affirmé Mme Merkel, en référence à la catastrophe de Tchernobyl de 1986.

Le dossier du nucléaire fait partie des domaines dans lesquels il restait à arbitrer les détails du projet de loi du plan de rigueur de 80 milliards d'euros adopté mercredi dernier. L'opinion allemande est préoccupée par les problèmes de sûreté nucléaire et de gestion des déchets radioactifs, et est majoritairement opposée à la prolongation de la durée d'activité des centrales. Une grande manifestation est d'ailleurs prévue le 18 septembre prochain à Berlin, à l'appel d'associations de protection de l'environnement, notamment Greenpeace. Au niveau européen, le commissaire à l'Énergie, Günter Öttinger, a cependant salué la décision allemande, estimant qu'elle s'inscrivait dans une politique énergétique plus globale de l'Union européenne.

Notes

Sources


  •   Page « Allemagne » de Wikinews. L'actualité allemande dans le monde.