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Espagne : en Aragon, le catalan devient 'lapao' et l’aragonais 'lapapyp'

10 mai 2013. – Le parlement régional aragonais a approuvé hier une nouvelle loi sur les langues de la région dans laquelle le catalan parlé dans la frange orientale et l’aragonais deviennent respectivement « lengua aragonesa propia del área oriental » (langue propre d’Aragon de l’aire orientale, en acronyme 'lapao') et « lengua aragonesa propia de las áreas pirenaica y prepirenaica » (langue propre d’Aragon des aires pyrénéennes et prépyrénéennes, 'lapapyp'). Le vote a compté avec l’appui du Parti populaire espagnol (PP) et du parti régionaliste PAR (Partido Aragonés), et l'opposition des autres partis présents au parlement. Ce nouveau texte, conséquence du pacte électoral conclu entre le PP et le PAR pour la gouvernance de la région, déroge à la loi sur les langues de 2009 qui définisssait le catalan et l’aragonais comme langues propres de ces zones et leur donnait un statut d’officialité. S’il est appliqué, il entraînera la suppression de l’Académie de la langue aragonaise et de l’Académie aragonaise du catalan. Le PP justifie ce changement par le rejet de la langue catalane imposée depuis la Catalogne voisine et affirme que la loi permet une protection efficace des modalités linguistiques aragonaises tout en évitant les dépenses excessives dans un contexte économique particulièrement difficile en Espagne. Les réactions, émanant des secteurs politiques, civils, académiques ou des résesaux sociaux, n'ont pas tardé.

RéactionsModifier

L’opposition dénonce une instrumentalisation politique des questions linguistiques, qui chercherait à affaiblir les langues minoritaires en ne les appelant pas par leur nom.

La représentante du Parti socialiste ouvrier espagnol, principal parti de l'opposition, a qualifié l’initiative de « ridicule » et d’« insulte à l’intelligence ». Différents représentants politiques catalans ont exprimé leur désarroi face à cette loi. Josep Antoni Duran i Lleida, membre du parti Union démocratique de Catalogne originaire de la frange orientale, déclare sur son compte Twitter « Quel ridicule ! À présent je parle LAPAO ! Du jour au lendemain tous les catalans pourront ajouter à leur CV une nouvelle langue maîtrisée : le LAPAO ». Le conseiller catalan de culture, Ferran Mascarell, estime que cette décision « ridicule » reflette l’obsession anticatalaniste du PP.

Manuel López Gascón, membre de la section aragonaise du parti Unión, Progreso y Democracia, dénonçant cette stérile polémique, suggère ironiquement au PP aragonais de renommer LAPRA (« langue aragonaise propre du reste de l’Aragon ») le castillan parlé dans la région.

Ramon Sistac, directeur de la section linguistique du Centre d'études de la Ribagorce et professeur à l’université de Lérida, affirme que le changement de nom est un « non sens » qui vise à dépersonnaliser la langue catalane parlée en Aragon.

'lapao' est devenu en quelques heures l'un des termes les plus populaires du réseau Twitter parmi les utilisateurs espagnols.

Le jour-même de l’approbation de la loi, un article a été créé sur la Wikipédia hispanophone.

Serrat dénonce la réutilisation de 'lapao' par les milieux catalanistesModifier

La conseillère aragonaise de culture, Dolores Serrat, dénonce la diffusion du terme 'lapao', qui ne figure pas textuellement dans la loi, comme une intromission pancatalaniste cherchant à railler le pouvoir législatif aragonais. Le groupe populaire affirme que le texte est respectueux des dénominations traditionnelles de la langue parlée dans la frange orientale (dans lesquelles il n'inclut toutefois pas celle de « catalan »).

Soutien du gouvernement espagnolModifier

Divers représentants du gouvernement espagnol, également gouverné par le PP, dont la vice-présidente Soraya Sáenz de Santamaría, ont exprimé leur soutien à cette loi, en vertu du respect de la Constitution espagnole, qui délègue aux communautés autonomes les compétences relatives aux langues régionales.

Cacophonie au sein du PP catalanModifier

L’initiative a également reçu le soutien d’Alicia Sánchez Camacho, présidente du PP catalan. Au contraire, le porte-parole du parti au parlement catalan, Enric Millo, considère pour sa part que le parler de la frange orientale est bien « du catalan, bien qu’il puisse recevoir également d’autres noms ».

SourcesModifier

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