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Interview de Philippe Boucher, créateur et organisateur du raid photo « Paris - Cap Nord »

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Cet article est une interview accordée par Philippe Boucher
à Wikinews, le 31 juillet 2010.
Dans cette interview, les liens internes redirigent vers des articles de Wikipédia.
Les questions et les réponses n'engagent que les protagonistes.

Sommaire

Philippe Boucher à Helsinki lors du raid 2010

Du 3 au 31 juillet 2010, 22 équipages ont pris part à la 15ème édition du raid photo Paris - Cap Nord. Parmi eux se trouvait un équipage composé de deux contributeurs aux projets Wikimedia. Dans le bateau ramenant les raideurs de Bergen (Norvège) à Hirtshals (Danemark), ils ont réalisé une interview de Philippe Boucher, créateur et organisateur du raid.

Wikinews : Philippe, présente-toi brièvement.
Philippe Boucher : Philippe Boucher, j'ai 43 ans. Je suis réalisateur indépendant de documentaires. Indépendant, libre, c'est ça qui est important; quand on travaille avec une chaîne ou une boite de production, elle impose des délais et des façons de travailler. Je tiens absolument à rester indépendant pour travailler sur des films qui me tiennent à cœur, et y passer le temps nécessaire. Quand tu es rattaché à une rédaction, le choix des sujets ne dépend pas toujours de toi et tu es parfois amené à faire la "promotion" d'un sujet ou de quelqu'un qui ne te correspond pas. Quand on est indépendant, on peut se permettre de "perdre" du temps sur des séquences qui, pour une production normale, serait impensable. Pour un de mes films, j'ai repoussé de 6 mois son montage car il me manquait une séquence de deux minutes... ! L'une des difficultés est que je ne suis pas assuré d'une diffusion, mais je fais le maximum pour que le sujet soit intéressant. Je fais mon métier comme je fais le raid Paris-Cap Nord, c'est la passion ! Quand je travaille sur ma série réalisée dans les parcs naturels, chaque journée de tournage débute à 5h et se termine à 22h, et ce pendant 1 semaine à 10 jours... C'est un plaisir, pas une obligation.

Partir seul en reportage, c'est finalement être moins seul qu'à plusieurs... car les personnes que tu croises viennent te voir, elles sont curieuses et n'hésitent pas à te poser des questions ou même à t'aider. De plus, quand tu débarques en équipe pour faire une interview d'une personne qui n'a pas l'habitude, c'est intimidant. Ils ne sont à l'aise qu'au bout de 3-4 questions, et pas toujours ! Tu n'auras jamais le naturel et la sincérité des réponses. Et pour gagner encore en sincérité, je fais rarement d'interview posée, je le fais plutôt en discussion, en marchant, ou en pleine action, grâce à un micro sans fil caché sous les vêtements.

Wikinews : Parle-nous un peu du raid. Comment est-il né ?
Philippe Boucher : C'est lié à ma passion. Très jeune, je savais déjà que je voulais faire du reportage. À 10 ans, j'écrivais un petit journal avec 30 abonnés. À 14 ans, je faisais des piges au Dauphiné Libéré et dans une radio locale. Parallèlement, j'étais passionné pour les grands raids comme la Croisière jaune et les expéditions polaires comme celles d'Amudsen. J'avais envie de faire quelque chose qui permette de lier ces deux intérêts, le reportage et l'organisation.

L'idée date de 1986, j'avais 19 ans, j'étais étudiant. Le premier raid est parti deux ans plus tard... Les quelques raids qui existaient alors allaient vers le Sud en Afrique, mais c'est le Nord qui m'intéressait. Je voulais aussi que cela ne soit pas cher, et contrairement aux rallyes de vitesse, insister sur la découverte par le biais d'un concours photo. Dès la première édition, les participants allaient également devoir réaliser un reportage, car c'est le meilleur moyen d'entrer en contact avec les gens.

Pendant les deux années de préparation du premier raid, je me suis battu pour en faire parler, Internet n'existait pas ! J'ai monté l'association [ndlr : Association Magerøya, association organisatrice du raid dont P. Boucher est le président]. Je suis parti en reconnaissance sur place... Petite anecdote, je voulais faire passer le raid dans les pays de l'est à la montée, pour diversifier le parcours. J'ai abandonné l'idée parce que c'était trop compliqué, il fallait rouler en convoi encadré (difficultés liées à l'URSS...). Pendant un an j'ai contacté journaux et télévisions. Je suis passé chez Philippe Gildas (Nulle Part Ailleurs sur Canal +), Jean-Pierre Pernaut (TF1), Didier Regnier, Gérard Holtz et Daniel Casal (Antenne 2), Jean-Claude Bouret (sur la 5), etc.

Je pense que ce qui leur plaisait était que ce soit un raid photo, pas un rallye. C'était quelque chose de différent de ce dont on entendait parler à ce moment là. J'ai même su par quelqu'un de France 3 que des membres de l'organisation du Paris-Dakar s'étaient un peu inspirés du Paris - Cap Nord en développant la mise en valeur des pays traversés au travers de reportages. Après 2 ans de galère, le 1er raid est parti le 1er août 1988 avec 50 voitures et environ 100 participants âgés de 18 à 60 ans.

Wikinews : Et l'organisation ?
Philippe Boucher : L'organisation a toujours été bénévole. Une agence de communication a voulu racheter la formule, on m'a également proposé d'organiser d'autres raids. Je tiens à conserver la forme associative et que ça ne devienne pas mon métier. Je ne veux pas en dépendre pour gagner ma vie et risquer de dénaturer son esprit. Je suis président de l'association et ne perçois aucun salaire.
Wikinews : En termes de budget, est-ce conséquent ?
Philippe Boucher : Le budget n'a jamais été élevé, même en 1994 avec 102 voitures. Les sponsors donnent beaucoup en nature (prêt de véhicules, carburants, ordinateurs, banderoles, autocollants, transports offerts, etc.). Dans les années 1990, beaucoup de rallyes se sont cassé la gueule mais pas nous, grâce à nos frais minimaux et le fait que nous ne dépendons pas d'un seul gros sponsor.
Wikinews : Pourquoi l'Europe du nord, et principalement la Finlande ?
Philippe Boucher : En nombre de jours, le Paris-Cap Nord passe plus de temps en Norvège qu'en Finlande, mais la Finlande est un pays que j'aime énormément. J'ai ressenti à chaque fois un accueil chaleureux (quand on fait un jury photo, quand on est accueilli dans une commune, les villageois, etc.). C'est un pays qui marque également beaucoup les participants ! Et inversement d'ailleurs car selon un journaliste finlandais, le raid a longtemps été plus connu en Finlande que le tournoi de Roland Garros... Cette année encore peut-être car le premier quotidien finlandais nous a offert plusieurs pages de reportage.
Voiture de raideurs sur les routes de Norvège en juillet 2010
Wikinews : Comment vois-tu l'avenir du raid ?
Philippe Boucher : Comme il est maintenant. Toujours le même esprit bon enfant, toujours le bénévolat évidemment et garder des prix abordables. La photo numérique permet de multiplier les trophées. Je voudrais également développer les randonnées photographiques et les rencontres organisées avec les habitants des communes traversées. C'est un aspect très important pour moi; pousser les participants à aller à la rencontre des gens. Ça correspond à mon idée du voyage, ne pas se limiter au tourisme. C'est l'intérêt d'un raid photo-reportage.
Wikinews : Aurais-tu quelque chose à ajouter ?
Philippe Boucher : Ce qui me plait aussi dans le raid, c'est la diversité des participants. Un mélange de gens tous différents, qui se retrouvent dans une atmosphère très conviviale. J'aime beaucoup cette caravane. Il y a des personnalités en général assez fortes, des gens rigolos. Du Paris-Cap Nord 2010, je ressens cette convivialité très fortement, les participants ont développé beaucoup de contacts entre eux.

Parallèlement, dans le cadre de ma série documentaire, je termine en ce moment un projet débuté en 2003 dont l'idée est de faire découvrir les plus beaux territoires au travers de l'humain, du regard de quelqu'un qui y vit et qui y travaille. Ce que j'aime, c'est essayer de magnifier les gens et leurs territoires. Je fais de longs repérages, qui durent parfois jusqu'à un an. Je vais d'abord voir les gens sans caméra, parfois plusieurs fois. Je contacte beaucoup de gens différents et cherche un fil rouge pour que les histoires se complètent, qu'elles soient cohérentes entre elles sans redondance. Cette série se termine cet hiver par un coffret DVD et des diffusions en France et en Finlande. Pour la suite, j'envisage le même principe sur 4 ans et au travers de 32 pays. J'ai trouvé en mars 2010 un partenaire important qui va me permettre d'aboutir dans ce nouveau projet, et finalement réaliser mon rêve que j'avais depuis l'âge de 9 ans...

Source


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