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La mort de Saddam Hussein provoque encore des réactions et bien des interrogations dans le monde

Dans le monde arabo-musulman

En Irak

Hormis les réactions des autorités irakiennes, la population paraît divisée au sujet de sa mort. Les sentiments vont de la joie à l'inquiétude, voire à la vengeance du côté sunnite. « L'exécution de Saddam ne résoudra pas les problèmes en Irak. La plupart d'entre nous espérait sa mort, mais la situation est en train de s'aggraver maintenant. » affirme un habitant de Baquba, au chômage.

À Tikrit, fief du défunt, un étudiant renchérit : « L'exécution du Président irakien Saddam Hussein est une catastrophe pour les Irakiens et le Moyen-Orient. »

Du côté kurde, le sentiment général irait dans le sens qu'il soit exécuté après le procès Anfal concernant le génocide kurde lequel a coûté la vie à près de 182 000 personnes.

Enfin, chez les partisans du défunt, à Tikrit, l'heure est à la vengeance.

En Arabie saoudite

La Saudi Press Agency a désapprouvé le fait que l'exécution de la sentence ait coïncidé avec l'Aïd el-Kebir et estimé que « des millions de musulmans se seraient attendus à ce que le monde entier, et pas seulement les dirigeants politiques des pays islamiques, considèrent [cette fête] avec respect, plutôt que de la négliger ».

Le quotidien Al-Watan a souligné, dans son article, que « la rapidité avec laquelle Saddam Hussein a été exécuté, surtout au premier jour de l'Aïd al-Adha, a suscité un sentiment d'étonnement et de consternation dans les milieux saoudiens, arabes et musulmans ». Même son de cloche pour Okaz qui s'est étonné que « Saddam Hussein ait été exécuté au premier jour de l'Aïd à l'issue d'un procès bref. »

En Égypte

Un porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères a regretté le choix d'une importante fête musulmane pour procéder à l'exécution, alors que l'Aïd-el-Kebir devrait être « une occasion de miséricorde et de tolérance » et exprimé à demi-mots ses craintes d'une aggravation de la situation en Irak.

En Libye

En Libye, pays dirigé par le colonel Mouammar Kadhafi, trois jours de deuil national ont été décrétés en l'honneur du « prisonnier de guerre Saddam Hussein ». Ce deuil comprend l'annulation de toutes les fêtes, y compris celle de l'Aïd

Au Maroc

Deux manifestations, de faible ampleur, ont eu lieu devant la représentation des Nations unies à Rabat et devant le consulat américain à Casablanca. Des slogans hostiles aux États-Unis ont été entendus, mais on ne rapporte pas d'autres incidents.

Au Qatar

Le quotidien qatari Al-Raya qualifie cela de procès politique. Selon ce journal, « l'exécution de Saddam avec cette rapidité prouve que c'est Washington qui planifie et gère les affaires et que le gouvernement irakien exécute simplement les ordres. » Certaines personnes pourraient voir, en lui, un héros national, mettant les autorités irakiennes dans une position peu confortable.

En Tunisie

Le ministère tunisien des Affaires étrangères a exprimé ses regrets qu'une telle exécution soit faite le jour de l'Aïd El Adha. En outre, l'exécution de Saddam Hussein, « en ce jour, est une grave atteinte aux sentiments des peuples musulmans, au moment où ils célèbrent une fête religieuse sacrée. »

Ce sentiment est partagé dans la rue où les États-Unis sont pointés du doigt par la population.

Le Parti démocratique progressiste a vivement critiqué l'empressement des Américains à faire exécuter l'ancien raïs. Il a qualifié tout cela de mascarade judiciaire et d'esprit de vengeance.

En Europe

Commission européenne

Un porte-parole de Javier Solana, haut représentant de l'Union européenne pour la politique extérieure, a souligné que l'UE condamne les crimes commis par Saddam Hussein. mais qu'elle est opposée à la peine de mort.

En France

L'État français, par la voix de son Ministre des Affaires étrangères a « pris acte de cette exécution ».

En Italie

L'ancien président du Conseil, Silvio Berlusconi, a qualifié cette exécution d'erreur politique et constitue « un pas en arrière sur le difficile chemin de l'Irak vers la pleine démocratie. »

En Russie

Marianna Belenkaïa, journaliste à RIA-Novosti, soulève bien des interrogations sur les véritables motifs de l'exécution de Saddam Hussein. Dans son article, elle explique l'implication des puissances étrangères dans la dictature de Saddam Hussein. Selon l'intéressée, l'ancien raïs avait obtenu pratiquement le feu vert de Washington avant d'envahir Koweit.

Sur la question kurde, il semblerait, selon cette journaliste, qu'un « protocole de collaboration » aurait été élaboré avec la Turquie. Ce protocole aurait été évoqué pour la première fois devant les juges du procès Anfal, lors de l'audition des ordres du général Nazar Abdelkarim Al-Khazraji aux commandants du premier et du cinquième corps de l'armée irakienne. « Les détails du protocole n'ont pas été divulgués. Il n'y a eu jusqu'ici aucune confirmation officielle de la coopération entre Ankara et Bagdad dans le génocide des Kurdes. Mais si on en trouve des preuves, les conséquences pourraient être imprévisibles », explique la chroniqueuse.

« Saddam Hussein devrait donc partager la responsabilité des crimes avec beaucoup de personnes en Irak et à l'étranger tout comme le dirigeant de n'importe quel pays. Mais cela ne sera plus important après sa mort. Le dictateur a emporté beaucoup de secrets dans sa tombe. Pourtant on aurait pu tirer beaucoup de leçons historiques pendant le procès de Saddam Hussein, » a-t-elle expliqué.

En Slovaquie

Le gouvernement slovaque, par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a précisé que la Slovaquie « a toujours clairement et résolument condamné les crimes commis par le régime de Saddam Hussein, mais elle rejette également la peine de mort, dans tous les cas et en toutes circonstances ».

En Suisse

Les autorités fédérales ont fait savoir qu « Il devait être jugé et sanctionné en conséquence." Saddam Hussein était un criminel, mais le DFAE désapprouve son exécution. (...) la peine de mort n'est pas justifiable, même pour les crimes les plus graves. » Elle conclut que « la réconciliation est une condition indispensable pour construire une société où prévalent la stabilité, la démocratie et la paix. »

Dans la presse européenne

Le sentiment général de la presse européenne est négatif face à l'exécution spectacle de l'ancien dictateur.

La Stampa de Turin, de même que le quotidien roumain, Evenimentul Zilei, justifient cette exécution. Pareil pour le quotidien croate Jutarnji List, qui y place un bémol en pointant du doigt l'incompétence de l'administration Bush. Le quotidien estime que les dirigeants américains ont transformé l'Irak en l'un des endroits les plus dangereux de la planète.

Le reste de la presse est beaucoup plus critique vis à vis de cette exécution. Les qualificatifs de « spectacle télévisé », « spectacle barbare. » reviennent fréquemment dans la presse. Cette dernière se montre très sceptique sur un hypothétique apaisement en Irak mais ont le sentiment que cela risquera de jeter de l'huile sur le feu.

En Afrique

Maurice

Cassam Uteem, ancien président de la République de 1992 à 2002, a estimé que Saddam Hussein « n’a pas eu un procès équitable et [que] la cour mise en place par les autorités irakiennes, avec le soutien des Américains, ne pouvait [lui] rendre justice [...] » et a condamné « la mise à exécution de la sentence de la cour le jour de la fête Aïd el Adha ».

En Amérique du Sud

En Argentine

Le président Nestor Kirchner, qui rappelle l'opposition de son gouvernement à la peine de mort, estime que « l'exécution de l'ex-président Hussein ne contribuera pas au processus de pacification du pays et n'aidera pas non plus à la réconciliation entre les différentes communautés qui composent la société irakienne ».

Au Brésil

Luiz Inácio Lula da Silva, président du Brésil, a déclaré : « Je ne sais pas si la sentence contre Saddam Hussein était un acte de justice ou bien si elle était une vengeance ».

En Asie

En Inde

Le gouvernement fédéral est resté mesuré dans sa réaction, le ministre des Affaires étrangères, Pranab Mukherjee, ayant indiqué que le gouvernement avait « expressément émis le souhait que cette excécution n'ait pas lieu » et qu'il était « très déçu qu'elle ait eu lieu ». Les grands partis politiques ne se sont pas astreints à cette réserve diplomatique. Janardan Dwivedi, porte-parole du Parti du Congrès, au pouvoir, condamne clairement la pendaison de Saddam Hussein, qualifiée de « justice de vainqueurs », contre laquelle il aurait auparavant mis en garde.

Le Parti communiste d'Inde (maoïste), allié du Parti du Congrès, est encore plus sévère, en qualifiant cette pendaison d’« acte illégal et criminel d'un pouvoir d'occupation impérialiste » qui n'aurait « pas le droit de violer la souveraineté nationale et de faire passer en justice ceux qu'ils ont illégalement renversés ». Nilotpal Basu, leader de cette formation, estime que « la hâte mise à exécuter Saddam est très suspecte ».

Certains dirigeants de la minorité musulmane indienne, comme Kamal Farooqi, estiment que cette pendaison « créera de nouveaux problèmes et affectera la paix dans le monde ».

Sources

Sources francophones
Sources anglophones
Source hispanophone