Le roi Gyanendra lève l'état d'urgence au Népal

Publié le 30 avril 2005
Avec deux jours d'avance sur la date officiellement prévue (le 2 mai), le roi Gyanendra du Népal a levé l'état d'urgence, imposé par le monarque le 1er février dernier, lors de ce qui avait été couramment qualifié de « coup d'État constitutionnel », peu après le limogeage du gouvernement de Sher Bahadur Deuba.

L'état d'urgence, selon le décret du 1er février, devait expirer dans la nuit du 1er au 2 mai, à minuit, ou bien être prorogé.

Le communiqué du roi ne fait aucune mention des pouvoirs spéciaux qu'il s'était arrogé à cette occasion, ni des restrictions imposées à divers droits fondamentaux, tels que la liberté d'expression.

Le roi, qui avait justifié son coup de force par l'échec de son ancien gouvernement face à la rébellion maoïste qui, dans son pays, aurait causé la mort de plus de 11 000 personnes depuis 1996, avait couvert ses services de sécurité qui, selon les estimations d'Amnesty International, auraient procédé à plus de 3 000 arrestations depuis février, entraînant une certaine réprobation de la communauté internationale.

On attribue le recul du souverain aux pressions déjà citées, qui se sont de nouveau manifestées durant une récente tournée du roi dans divers pays d'Asie, notamment en Chine, à Singapour et en Indonésie, dont les dirigeants ont vivement invité le monarque à rétablir au plus vite la démocratie et les libertés constitutionnelles dans son pays.

Certains observateurs attribuent en outre un rôle déterminant au Premier ministre indien, Manmohan Singh, qui avait suspendu, en raison des entorses aux règles constututionnelles, l'aide militaire fournie au petit royaume himalayen pour lutter contre la guérilla maoïste. Le roi Gyanendra et M. Singh s'étaient d'ailleurs récemment rencontrés en marge d'un sommet diplomatique Afrique-Asie, le roi ayant laissé entendre, lors d'un point de presse improvisé à l'aéroport de Katmandou, à son retour de sa tournée asiatique, le 29 avril au soir, que les diverses rencontres diplomatiques, et surtout celle avec le Premier ministre indien (I have taken the views expressed by Mr Singh seriously, « J'ai pris très au sérieux les vues exprimées par M. Singh »), allaient le conduire à prendre rapidement de nouvelles décisions.

L'opposition népalaise se montre toutefois circonspecte, soulignant que le roi ne souffle mot, pour le moment, d'une cessation des activités de la Commission royale pour le contrôle de la corruption (CRCC), alors qu'il était initialement prévu qu'elle cesse ses activités peu après la levée de l'état d'urgence, et que le roi a justement signé de nouveaux décrets, vendredi 29 avril, censés améliorer le fonctionnement de cette instance.

On fait en outre remarquer que la volonté d'apaisement du souverain est contradictoire avec l'arrestation, opérée mercredi 27 avril, de l'ancien Premier ministre, Sher Bahadur Deuba, dirigeant du Parti du Congrès, dont le maintien en détention semble actuellement prévu pour une durée d'une semaine. Gopal Man Shrestha, responsable politique qui remplace par intérim M. Deuba dans ses fonctions dirigeantes au Parti du Congrès, a notamment estimé que « c'est une évolution positive. Mais tous les détenus politiques doivent être relâchés et le roi devrait rétablir la démocratie, ouvrir des discussions avec les partis politiques et activer le processus constitutionnel ».

Sources


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