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Maroc : les autorités expulsent des chrétiens pour prosélytisme

16 juillet 2010. – Le Maroc aurait franchi un nouveau pas dans la chasse aux chrétiens et l'épuration religieuse en cours. Cette fois la police séparerait des couples binationaux, chassant des épouses étrangères de Marocains alors qu'elles étaient en situation régulière. C'est ce que vient de dénoncer l'association Portes Ouvertes

Durant le premier week-end de juillet, huit chrétiens étrangers aurait été expulsés du Maroc, portant à 130 le nombre de personnes déportées depuis le début de l'année, dont plusieurs familles françaises. Une Espagnole et une Libanaise, toutes deux mariées à un Marocain, auraient partie de cette troisième vague de renvois.

La chrétienne libanaise, à qui on avait diagnostiqué un cancer le mois dernier, est maman d'une fillette de six ans. Elle a été forcée à laisser sur place. Les autorités marocaines se serait montrées inflexibles.

Expulsés du jour au lendemain

Plusieurs faits identiques ressortent des interviews réalisées auprès des chrétiens étrangers expulsés. La veille du week-end, des policiers en civils convoquent ces étrangers oralement au poste de police. Devant s’y rendre dès le lendemain matin, il auraient été contraints à signer des « aveux », en arabe, dont ils ne recevraient aucune copie, explique Portes Ouvertes.

Les expulsés ne peuvent emporter qu'un minimum d'effets personnels, perdant le fruit de plusieurs années de labeur. Plusieurs sont entrepreneurs et fournissaient un emploi à de nombreux Marocains. Leurs noms sont communiquées à leurs ambassades respectives en indiquant le motif invoqué : le prosélytisme et ébranlement de la foi des musulmans.

Légalité douteuse de la procédure

L'un des griefs invoqué par l'association, est tirée de l'empêchement de ces personne à contacter leur ambassade, un avocat ou ester en justice. L'expulsion, sous 48 heures, s'opère selon la procédure de « danger imminent » pour la sécurité nationale. Or, selon la loi marocaine, une personne ayant résidé plus de dix ans au Maroc [1] ne peut être expulsée du territoire, de même que le conjoint d'un citoyen marocain. Pour ceux disposant d'une carte de séjour, en cas de révocation par l'autorité compétente, la loi prévoit qu'ils puissent faire appel dans les 15 jours auprès du tribunal.

Espionnés par la police

À la question : « Avez-vous fait du prosélytisme ? », les réponses des chrétiens expulsés varient. Certains admettent avoir donné une bible de temps à autre à des personnes qui la leur demandaient. D'autres discutaient volontiers chez eux ou dans un lieu public lorsqu'on leur posait des questions sur ce que croit un chrétien. Mme B., expulsée le mois dernier, précise: « Avant 2006 il régnait encore un vent de liberté au Maroc. Mais depuis, nous avons appris comment nous étions surveillés. Ils sont même capables de pirater les téléphones portables et de les convertir en micro-espions. Nous ne pouvions plus faire confiance à personne. » Et son mari de surenchérir. « Nous avons même découvert par hasard, qu'à chaque fois qu'on m'appelait sur mon mobile, le chef de la police décrochait le sien et écoutait mes conversations. »

« Nous n’avons rien fait d’illégal »

Frédéric[2]* qui habite désormais en France, se défend d'avoir fait du prosélytisme au Maroc. « « Nous n'avons jamais essayé de convaincre qui que ce soit de devenir chrétien, ou que notre foi serait meilleure que la sienne. Nous n'avons jamais essayé de tromper ou de séduire des Marocains. Mais vous comprenez, le discours officiel à destination des Marocains est : Il y a une seule religion qui pratique le bien, l'islam, et vous devez la suivre. Dans le même temps, tout le monde nous voit pratiquer le bien et nous ne cachons pas le fait que nous sommes chrétiens. Cela revient à démontrer que les autorités ont menti, qu'il existe plusieurs voies possibles pour pratiquer le bien. Dans ce sens je peux comprendre que nous soyons une menace pour la crédibilité du gouvernement marocain, mais encore une fois, sans avoir jamais rien fait d'illégal ni de sournois » a-t-il expliqué.

Notes

Sources

  •   Page « Maroc » de Wikinews. L'actualité marocaine dans le monde.