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Syrie : la Turquie peine à achever ses objectifs

12 janvier 2017. – Intervenue en Syrie à partir du 24 août de cette année, l'armée turque peine à atteindre ses objectifs militaires dans le nord du pays. Déjà confrontée à une lente avancée au début de l'offensive lancée contre Daech, la Turquie ne parvient pas à reprendre al-Bab, dernier bastion de l'organisation dans la zone. Après plus d'un mois de combats acharnés, la Turquie a du se résoudre à envoyer des renforts et à ce que son armée outrepasse les rebelles qu'elle soutient.

Le verrou d'al-Bab
Situation dans le nord-ouest de la Syrie en décembre 2016.

L'armée turque a commencé son intervention dans le nord de la Syrie le 24 août, avec pour but affiché d'éliminer les « terroristes », ce qui comprend selon le discours officiel turque les combattants de l’État islamique (Daech) et les milices kurdes affiliées aux Forces démocratiques syriennes (FDS). L'armée turque combat principalement Daech, mais avec l'objectif stratégique de stopper l'offensive des FDS contre ces derniers et éviter la jonction de leurs forces dans le nord du pays. Les Kurdes ont proclamé une région autonome dans le nord de la Syrie, appelée Rojava, que la Turquie voit comme une menace existentielle.

L'offensive lancée par la Turquie met surtout en avant des rebelles : brigades affiliées à l'Armée syrienne libre mais aussi des groupes islamistes voir salafistes, comme Ahrar al-Cham. Seuls 600 militaires turcs épaulent alors près de 2 000 rebelles. Dans un premier temps, Daech est expulsé des derniers points qu'il contrôlait sur la frontière turquo-syrienne, mais les rebelles soutenus par le Turquie mettent presque deux mois pour conforter leur avance et prendre Dabiq, pourtant proche de la frontière turque. Ils réussissent ensuite à progresser vers le sud, avant de se confronter à la grande ville stratégique d'al-Bab, qui compte près de 100 000 habitants. Seule cette prise pourra permettre au pouvoir turque de remplir sa mission en Syrie.

Mais les rebelles syriens piétinent aux portes d'al-Bab depuis plus d'un mois, sans avoir réussit aucune percée significative dans la ville. Un peu plus au nord, ils ont également échoué à prendre Qabasin. Les 3 000 djihadistes résistent farouchement, alors que les victimes civiles et les destructions sous les bombardements aériens sont importantes. Tandis que les pertes rebelles augmentent, la Turquie a du se résoudre à acheminer des renforts importants. Quelque 4 000 soldats seraient maintenant impliqués, outrepassant largement les rebelles syriens sur le terrain et dans les prises de décision. Ils tenteront à l'avenir d'avancer par la campagne afin d'encercler al-Bab. Pour accomplir sa mission, la Turquie peut compter sur l'appui déterminant de la Russie. Sur le plan diplomatique, les Russes sont essentiels pour établir des compromis avec les Kurdes et le pouvoir syrien, et sur le plan militaire, l'aviation russe intervient en soutien depuis décembre.

Daech en difficultés sur deux autres fronts
Des combattants des FDS défilent à l'ouest de Raqqa, le 12 décembre.

Pendant ce temps, Daech est plus nettement acculé sur deux autres fronts. Les milices principalement kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS) avancent autour de Raqqa, reprenant les zones rurales au nord et à l'ouest de la ville. Toutefois, la conquête de la ville n'est pas encore prévue et elle s'annonce particulièrement délicate vue la faiblesse des groupes arabes locaux alliés aux Kurdes. L'autre front se situe en Irak, où l'armée irakienne et les milices alliées ont repris l'offensive à Mossoul, plus grande ville jamais contrôlée par Daech. Les djihadistes ont été expulsés d'une grande partie de l'est de la ville depuis l'offensive lancée le 17 octobre de l'année dernière. Les pertes sont lourdes des deux cotés alors que les meilleures unités irakiennes sont en première ligne.

SourcesModifier