Vladimir Poutine offensif contre les États-Unis lors de la Conférence de Munich sur la politique de sécurité

11 février 2007. – Vladimir Poutine, président de la fédération de Russie, s'est montré très offensif à l'encontre des États-Unis, samedi 10 février 2007, lors de la 43e session de la Conférence de Munich sur la politique de sécurité.

Vladimir Poutine, président de la fédération de Russie

La Conférence de Munich, fondée en 1962 par l'éditeur Ewald-Heinrich von Kleist-Schmenzin, est financée et organisée depuis 1998 par le service de presse de la chancellerie fédérale allemande et se tient tous les ans [1] au mois de février à l'hôtel Bayerischer Hof de Munich.

Vladimir Poutine a notamment tenu à contester la conception d'un monde unipolaire qui, selon lui, serait celle des dirigeants américains, et a fustigé ceux qui enseignent en permanence la démocratie mais « ne veulent pas l'apprendre eux-mêmes », faisant clairement référence à la politique des États-Unis.

M. Poutine s'est en outre élevé contre le fait que, dans son optique, les États-Unis aient « outrepassé leurs frontières de toutes les manières », estimant que cela était « dangereux » et que « personne ne se sent plus en sécurité puisque personne ne peut plus se mettre à l'abri du droit international ». Selon le président russe, cette attitude nourrirait en outre la course aux armements en incitant les petits pays à souhaiter accéder à l'armement atomique.

M. Poutine a par ailleurs protesté, lors de son allocution, contre le fait que l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) soit en passe de se transformer en « un instrument au service d'un groupe de pays au détriment d'un autre », alors que l'acte final d'Helsinki, en 1975, alors que l'OSCE n'était encore que la « Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe » (CSCE), avait mis en avant dix principes d'action plus orientés sur le développement de l'action humanitaire et des droits de l'homme, à la demande expresse des États membres.

Sergueï Ivanov, ministre russe de la Défense, devrait s'exprimer devant les participants de la Conférence de Munich dans la journée de dimanche, et l'on s'attend à ce qu'il revienne sur les critiques dressées par M. Poutine contre la participation américaine à la course aux armements. M. Ivanov s'est montré très critique, à de nombreuses reprises, contre l'élargissement du système américain de défense antimissile dit ABM, alors que le président russe s'est justement élevé, dans son intervention de samedi, contre l'intention prêtée aux États-Unis d'installer en Europe de l'Est des sites de défense antimissiles, qui feraient selon lui peser le risque d'une déstabilisation complète de l'équilibre des pouvoirs.

Robert Gates, secrétaire américain à la Défense, est resté diplomate dans son commentaire des propos du président russe, se contenant d'y voir des propos « intéressants et très directs », tout en estimant par ailleurs que M. Poutine serait « très candide ».

D'autres officiels américains se sont toutefois embarrassés de moins de précautions pour réagir aux propos de l'hôte du Kremlin. Joseph Lieberman, sénateur indépendant du Connecticut, a ainsi perçu le discours de Vladimir Poutine comme « provocateur » et « marqué par une rhétorique qui rappelle celle de la guerre froide ».

Le sénateur républicain de l'Arizona, John McCain, a pour sa part estimé que « Moscou doit comprendre qu'il ne peut bénéficier d'un vrai partenariat avec l'Occident tant que sa politique intérieure et étrangère est en conflit avec les valeurs fondamentales des démocraties euro-atlantiques » et que, « dans un monde multipolaire, il n'y a aucune place pour d'inutiles confrontations ».

Le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, est revenu pour sa part, devant la presse, sur les propos de son patron, se refusant d'y voir une tentative de provoquer la Maison Blanche, y voyant au contraire une simple « invitation à la réflexion ».

Notes

Sources

Sources anglophones
Sources francophones
Source germanophone