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BRICS : le groupe pourrait faire contrepoids au G8

Sommaire

Les dirigeants des pays du BRIC lors du sommet à Iekaterinbourg en 2009. De gauche à droite : Manmohan Singh, Dmitri Medvedev, Hu Jintao et Lula da Silva. L'Afrique du Sud n'en faisait pas encore parti.

Les membres de ce qu'on appelait auparavant le BRIC (le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine), mais qui est devenu BRICS (S : Afrique du Sud) se réunissent aujourd'hui sur l'île de Hainan en mer de Chine méridionale. Il s'agit du troisième sommet de l'organisation qui se développe et se renforce. Fedor Loukianov, politologue russe et rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs, s'exprime sur le sujet dans la rubrique « Un monde changeant » de RIA Novosti.

14 avril 2011. – Le sommet du BRICS[1] (le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud) qui se tient dans la ville chinoise de Sanya sera différent des deux sommets précédents (en Russie et au Brésil) par son format élargi. L'Afrique du Sud a officiellement rejoint l'organisation informelle. Cependant, les discussions dans le monde autour de cette réunion sont les mêmes : qu'est-ce qui réunit cinq pays éloignés les uns des autres géographiquement, culturellement et politiquement ?

Dans l'histoire de la politique mondiale, on peut trouver divers exemples d'apparition et de développement d'institutions internationales, mais le BRIC est un groupe sans précédent. L'acronyme ingénieux, inventé en 2003 par Jim O'Neill de Goldman Sachs dans un but commercial (attirer l'attention des clients sur les marchés émergents), a commencé à vivre sa propre vie.

Après la crise financière mondiale qui a montré la différence de développement économique des pays du BRIC, les sceptiques ont annoncé la fin proche de ce groupe informel. Les commentateurs occidentaux sont particulièrement surpris par la présence de la Russie dans ce groupe : que fait un État pétrolier avec des perspectives de modernisation floues parmi les « leaders de demain » ?

En effet, la Russie est un « intrus » dans le groupe. Et pas parce qu'en termes de rythme de croissance elle est loin derrière la Chine ou l'Inde. Au cours des deux dernières décennies, le Brésil, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud connaissent un essor progressif et surmontent (avec diverses méthodes et divers taux de réussite) leur pauvreté et leur retard. Or la Russie a connu une crise sans précédent il y a vingt ans, puis a commencé son ascension mais n'a toujours pas trouvé une trajectoire stable de croissance. Cependant, même après l'effondrement de l'URSS, la Russie n'était pas descendue au niveau des pays du tiers monde. Ou plutôt les problèmes rencontrés par le pays étaient d'un tout autre ordre que ceux surmontés par les autres membres du BRICS, bien qu'ils dépassent la Russie en termes d'indices de croissance économique.

Toutefois, les doutes quant à la légitimité de l'appartenance de la Russie au peloton de tête sur un pied d'égalité avec les autres pays du BRICS seraient justifiés s'il était uniquement question des perspectives financières et économiques évoquées par les banquiers américains. Cependant, pour les pays membres, le BRICS est avant tout une entité politique, ce qui reflète le besoin objectif d'une structure mondiale plus diversifiée et moins centrée sur l'Occident. D'ailleurs, c'est ce dont a récemment parlé le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov : il s'agit avant tout d'une alliance géopolitique.

Il est à noter qu'au cours du récent vote au Conseil de sécurité des Nations unies sur la Libye, le BRIC a fait preuve d'une solidarité étonnante : la Russie, la Chine, l'Inde et le Brésil se sont abstenus, donnant l'impression d'avoir concerté leur position. Toutefois, l'Afrique du Sud a soutenu la coalition occidentale.

Des raisons objectives engendrent un intérêt croissant pour le BRIC

Premièrement, le sentiment largement répandu que le système des institutions mondiales de correspond par aux processus réels du XXIe siècle et que la réforme reste toujours sur le papier. Il est possible de trouver un grand nombre de différences dans les positions des cinq pays. Mais tous, pour leurs propres raisons qui ne coïncident généralement pas sont insatisfaits de leur situation actuelle. L'ordre mondial multipolaire nécessite des formats différents de ceux du monde bipolaire pendant la guerre froide. Mais en fait, ils n'ont pratiquement pas changé depuis. Ce n'est pas un hasard si dans ses déclarations le BRIC remet en cause la légitimité du système existant. Cependant, il ne faut pas compter, par exemple, sur la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies qui reflète la disposition des forces de 1945 : les membres permanents actuels, qui ont des privilèges, ne comptent pas les partager avec qui que ce soit. Toutefois, cela concerne également deux membres du BRIC : la Russie et la Chine.

Deuxièmement, la nécessité de chercher des approches véritablement nouvelles du règlement des problèmes globaux est évidente. Les cinq pays estiment que le discours mondial est pratiquement monopolisé par l'Occident. Non seulement cela ne correspond à la disposition des forces économiques et même politiques, mais également empêche de trouver de nouvelles solutions qui pourraient naître seulement en élargissant la discussion.

Troisièmement, les cinq pays sont conscients des limites de leurs efforts pour améliorer leur propre influence et leur poids dans l'arène internationale, en agissant seulement dans le cadre des structures existantes. On pourrait dire que le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud cherchent des moyens de renforcer leurs positions dans le processus de formation du futur ordre mondial. Le fait qu'ils représentent toutes les régions importantes du monde justifie d'autant plus leurs aspirations.

Tous les pays formant le BRIC ne sont pas seulement des États se développant rapidement, mais des « pôles » principaux de l'ordre multipolaire. Et c'est la raison pour laquelle la réduction des critères d'existence de ce groupe d'États à des indices économiques signifie que la méthode utilisée pour l'analyser est erronée.

La conception du BRIC est tombée à point nommé pour la Russie, qui depuis 1991 n'avait toujours pas acquis d'identité stable en termes de politique étrangère. Il était difficile de trouver un format plus approprié pour, premièrement, corriger le vecteur global de sa politique étrangère en renforçant l'axe non-occidental ; deuxièmement, rappeler que la Russie a des intérêts à l'échelle mondiale, qui après l'effondrement de l'URSS est devenue régionale ; troisièmement, souligner les points communs avec les pays leaders en termes de rythme et de qualité de la croissance économique. Et tout cela de manière non-conflictuelle, car tous les membres du groupe récusent fermement toute velléité de création d'une organisation dirigée contre d'autres pays. Toutefois, les États-Unis n'y croient pas. Les Américains estiment que le BRICS est une structure qui vise à affaiblir les États-Unis.

Les pays du BRICS n'ont formulé aucune volonté de ce genre, d'autant plus qu'ils sont liés avec les États-Unis par des relations d'interdépendance économique (la Chine, l'Inde, le Brésil) et politique (la Russie). Toutefois, quoi qu'on dise ou pense dans les capitales des pays du BRICS, étant donné qu'il s'agit d'un système international fermé, les analystes qui disent que la croissance de l'influence du BRICS n'est possible que grâce à la réduction, même relative, de l'influence de l'Occident ont raison.

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