France : 20 000 manifestants à Paris contre les violences policières

3 juin 2020. – Alors que l'autre côte de l'océan Atlantique, aux États-Unis, les manifestions et débordements contre les violences policières se succèdent depuis la mort de George Floyd, à Paris, une manifestation souhaitée par le Comité Adama a rassemblé plus de 20 000 personnes sur le parvis du tribunal ce mardi 2 juin en fin d'après-midi. Cette manifestation, appelée par le Comité Adama pour réclamer « justice pour Adama » Traoré, jeune homme mort en juillet 2016 lors d'une interpellation par des militaires de la Gendarmerie nationale, avait pourtant été interdite plus tôt dans la matinée du 2 juin par la Préfecture de police de Paris. La Préfecture s'appuyait sur le décret lié à l'urgence sanitaire qui interdit les rassemblements de plus de 10 personnes dans l'espace public afin de lutter contre la pandémie de COVID-19.

Manifestation du 2 juin 2020 à Paris
Des inscriptions lors de la manifestation.
Assa Traoré, la sœur d'Adama, en 2018.

Malgré cette interdiction, 20 000 personnes se sont déplacées et rassemblées avec, pour beaucoup d'entre eux, des slogans et pancartes reprenant les inscriptions « BLM » pour « Black Lives Matter » ou « I can’t breathe » (« je n'arrive plus à respirer »), phrase prononcée par George Floyd mais également Adama Traoré lors de son interpellation en 2016. La sœur d'Adama Traoré, Assa Traoré, a fait un discours afin de remercier la forte mobilisation des manifestants ; elle a notamment annoncé que cette mobilisation « n'est que le début » et que les personnes présentes sont « entrées dans l'histoire ». Assa Traoré réclame la fin de « l'impunité policière ».

Cette manifestation appelée par le Comité Adama le 27 mai dernier entre dans un contexte particulier où, aux États-Unis, la mort de George Floyd a marqué une partie de l'opinion publique, mais ce 2 juin était également le jour où les résultats de la contre-expertise réalisée à la demande de la famille d'Adama Traoré étaient révélés. Le 29 mai, une nouvelle expertise, menée à la demande des juges d'instruction en charge de l'affaire, exonéraient les militaires de la mort d'Adama Traoré. Cette expertise concluait que le jeune homme était mort d'une asphyxie, mais que l'origine de celle-ci provenait d'un « œdème cardiogénique », ce qui permettait d'exonérer les gendarmes de la responsabilité de la mort lors de l'interpellation par la technique du plaquage ventral. La nouvelle contre-expertise met, elle, en cause l'interpellation effectuée par les forces de l'ordre. La contre-expertise indique que la mort d'Adama Traoré est bien une asphyxie provoquée par un œdème cardiogénique, mais que cet œdème « fait suite à une asphyxie positionnelle induite par le plaquage ventral ».

La manifestation s'est terminée avec des violences ; du mobilier urbain a été transformé en barricades et des commerces aux alentours ont vu leur vitrine brisée. La Préfecture de Police a annoncé avoir procédé à 18 interpellations ; le Préfet de police a signalé la manifestation au procureur de la République pour qu'une enquête soit menée sur l'organisation de cette manifestation interdite. Le procureur n'a, pour l'heure, pas donné suite au signalement.

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a indiqué dans un tweet que « la violence n’a pas sa place en démocratie » et que « rien ne justifie les débordements survenus ce soir à Paris, alors que les rassemblements de voie publique sont interdits pour protéger la santé de tous. » Interrogé au Sénat ce mercredi, il a également déclaré que « chaque faute, chaque excès, chaque mot, y compris des expressions racistes » feront « l'objet d'une enquête, d'une décision, d'une sanction », dans la police et la gendarmerie.

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