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Le Kurdistan irakien vers l'indépendance

Carte du Kurdistan irakien.
Carte du Kurdistan irakien. ██ Territoire officiel de la région du Kurdistan irakien ██ Territoire conquis par le Kurdistan irakien à partir de 2014 ██ Autre territoire revendiqué par le Kurdistan irakien ██ Reste de l'Irak

28 septembre 2017. – Les résultats du référendum du 25 septembre risquent bien de conduire à l'indépendance du Kurdistan irakien. Même si les autorités ont annoncé qu'elles ne feront pas leur déclaration d'indépendance immédiatement, la région dispose déjà de ses propres institutions et de son armée et peut donc déjà être considérée en pratique comme indépendante. Ce mouvement pourrait donner un souffle aux mouvements kurdes dans les autres pays et enflammer la région, mais les pressions se multiplient contre le Kurdistan irakien.

Une indépendance très attendue

Les Kurdes avaient été les grands oubliés du traité de Sèvres en 1920, qui redessinaient les frontières de la région sans accorder d’État kurde. Depuis, près de 40 millions de Kurdes sont séparés entre la Turquie, l'Irak, la Syrie et l'Iran. Plusieurs mouvements armés en faveur de l’indépendance se sont formés, dont le plus connu est le Parti des travailleurs du Kurdistan, d'inspiration marxiste. En 2003, l'intervention américaine en Irak accélère les choses, quand les Kurdes d'Irak obtiennent en 2005 un Gouvernement régional autonome uni dans le nord du pays, sur la base d'un système établit en 1992. Bien qu'il ne regroupe pas la totalité des Kurdes irakiens, cette autonomie est une première. Désormais dominée par Massoud Barzani et son clan familial, le Kurdistan irakien a paradoxalement forgé une alliance avec la Turquie, créant de fortes divisions avec les Kurdes de Turquie et de Syrie.

L'émergence de l'État islamique (Daech) en 2014 va accélérer les évènements. Alors que l'armée irakienne en déroute quitte le nord de l'Irak, les forces kurdes irakiennes, les Peshmergas, prennent certaines des régions qu'ils revendiquaient. Il s'agit surtout de la région de Kirkouk, peuplée à moitié de Kurdes et Arabes, mais surtout riche en pétrole. Ils avancent aussi à l'ouest vers Sinjar. Se croyant sans entrave, les autorités irakiennes annoncent un référendum d'indépendance. Conduit ce 25 septembre, il approuve l'indépendance à 92,7 % avec une participation de 75,1 %.

Pressions et impact régional
Peshmargas irakiens.

Si Massoud Barzani a annoncé qu'il attendrait avant d'acter cette indépendance, les pressions se multiplient autour de la région autonome. Pour le moment, elles sont uniquement économiques : le gouvernement irakien a déjà coupé les salaires versés aux fonctionnaires kurdes et sa participation au budget, ce qui plonge dans une grave crise économique la région. Cette dernière compte uniquement sur la vente de pétrole à la Turquie pour survivre, mais ce pays a menacé de fermer cette route, car il craint une contagion de l'indépendance. Toutefois, demain les pressions pourraient aussi être militaires. En effet, l'armée irakienne s'est reconstituée, notamment grâce à la formation de milices chiites, et est sur le point de vaincre Daech en Irak. Ces forces pourraient ensuite se retourner vers le Kurdistan irakien, qui constestent encore des zones très stratégiques comme celle de Kirkouk.

Ailleurs, l'émergence de Daech a aussi permis la constitution d'une région autonome kurde en Syrie, le Rojava. Cependant, celui ci a été construit uniquement par les armes et n'est reconnu par aucun pays. Largement impulsés et soutenus par le Parti des travailleurs du Kurdistan, les Kurdes syriens risquent de se retrouver sous la double pression de la Turquie et de l'armée syrienne quand Daech sera vaincu en Syrie, sans aide kurde extérieure. Les relations avec les Kurdes irakiens sont en effet mauvaises, alors que ceux-ci sont alliés à la Turquie et que les « peshmergas syriens » formés en Irak n'ont jamais eu l'autorisation de revenir au Rojava. Le rêve d'un « grand Kurdistan » s'affronte aux divisons kurdes internes qui tendent à individualiser à chaque pays les luttes indépendantistes.

SourcesModifier